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The Night Train/Dépôt de nuit


The Night Train


Written by Abigail Dowell

Translation by Erin Denny

The shadow pursues me. Hangars loom over my path like huge, lonely mountains that rise up one by one as I gain speed. I am always on the run. Always followed. I spy a few barbeques, hidden in the small corners that I pass. They are filled with water, awaiting the Summer’s heat. The heat…I pause for a moment in the space between two warehouses, both of them deserted for the night. I allow myself a moment in this haze, but only a moment. The shadow draws loser.

Inside, the workshops are lit. Everyone knows that shadows fear the light, so I slip into the National Rail Transport building. Illuminated by the neon lights that hang from the roof’s metal beams, a blue and grey train is parked, its head in the workshop, the rest of its body outside beneath the stars. It must be in for servicing. I look up, searching the windows for people, but there’s no one. Next to the train, in the second pit, sits a broken down locomotive waiting to be repaired. Scattered around it are tools; some on the floor, others hanging on the walls above the workbenches. I breathe in the scent of petrol, grease, oil, and other solvents that make my nostrils sting.

In the distance, I hear the horns of escaping night trains as they speed further and further away from the rumbling city noise. Suddenly, the lights go out and the sounds of chattering voices begin to fade. The workshop lies in darkness. The shadow is here. It expands, surrounds me, whispers in my ear.

“What’s the use? Come, follow me.” I can feel it worming its way inside me.

No. I will not let it catch me. I run outside and into the light of the full moon. Before me is an asphalt path that leads to a staggering metal footbridge. It is torn between two worlds: one leg in the station depot, the other planted in the filthy city streets. The occasional orange vest hurries across, eager to get home. Trains pass below them, hurtling by as though they are being dragged down to hell.

I start down a dirt path that stretches to the left of the iron spider above. It leads me to a stone wall that supports an embankment overrun with bushes, weeds, and brambles. Within this anarchic green jungle rodents have taken up residence, the holes burrowed by field mice competing for a view of the hangars and the tracks. At night, if you cross this railway desert as I do, you can see the long tails of sewer rats jutting out of the track ballast.

I was scared of rats, before.

Leaning against a wall, an abandoned train car sleeps. Violent, splattered colours have been sprayed onto its rusting walls. As I approach, he opens one motley eye. “Bad weather tonight eh? The damp’s getting into my axles.”

I’m so cold and scared that only a formless sound escapes my lips. It’s too wet to talk. The carriage opens his door to me and I struggle to haul myself up.

Once inside, I set fire to a seat for the light and the warmth. My friend begins to squeal, cursing the smoke that consumes him. “Is this really necessary?” He asks, but the question is rhetorical. Even though the smell of the burnt, brown leatherette is unbearable, even though it chokes us and makes us cry, he knows that it is necessary for me to survive.

It is here that the shadow seeks me out once more, a cloud that swallows the light of the moon. It licks at the walls of the train car and my old friend protests: “Go away now, it’s indecent to fiddle with me like that.”


I realise that I am burning the last seat. There is nothing left in the carriage. The scraps of paper, the torn up plastic bags, and all the rubbish have disappeared. I have burned up everything in my nocturnal blazes. I am burning the last seat.

I have a few hours of respite. Just enough time to write my life upon the carriage walls with a few indelible strokes of black felt tip. You never know. Maybe someone is looking for me. It is my last, mad hope as the blaze flashes its final glows before the shadow assails me.


There.


The last embers die and it swoops down upon me like a bird on its prey. There is no point in resisting. I’m tired and the morning is so far away. Everything has gone wrong. There is nothing, nothing more.


I exit the carriage.


“Come back.” Chokes my friend. “Don’t leave me.”


It’s too late. The shadow slips through my hair and creeps down my spine, trickling into the soles of my shoes. It enters me, subdues me. I walk towards the bridge, climb up on it and stop in the middle of the monstrous, metallic overpass. Below, two rays of light burst onto the rails. Like a rabbit on a road, I freeze, hypnotized by the train’s glowing gaze.

‘You’ll see bitch!’ The shadow quivers.

I plunge down towards the headlights, smiling.


Dépôt de nuit


Par Abigail McDowell



L’ombre me talonne. Comme d’immenses montagnes solitaires, les hangars se dressent un par un le long de mon chemin. J’accélère, toujours en fuite, toujours suivie. Se cachant dans des petits coins, quelques barbecues remplis d’eau attendent la chaleur de l’été. La chaleur… Je rêve un instant entre deux entrepôts désertés pour la nuit. Mais un instant seulement car l’ombre se rapproche.


A l’intérieur, des ateliers sont allumés. C’est bien connu les ombres craignent la lumière, alors je pénètre dans celui des TER. Eclairé par les néons accrochés aux poutrelles métalliques du toit, un train de bleu et de gris est garé : sa tête dans l’atelier, le reste dehors sous les étoiles, sûrement une révision. Je lève les yeux pour voir si ses fenêtres sont habitées. Personne. A côté une loco en panne attend sur la deuxième fosse pour être réparée. Autour, certains outils sont abandonnés à même le sol, d’autres sont suspendus sur les murs au dessus des établis. Je renifle, ça sent l’essence, la graisse, l’huile ainsi que d’autres solvants qui piquent les narines. Au loin, j’entends les avertisseurs des trains noctambules qui s’échappent, encore plus loin le bruit de la circulation urbaine gronde. Soudain la lumière s’éteint et des voix disparaissent en discutant. L’atelier est dans l’obscurité. L’ombre est là. Elle s’élargit, m’encercle, murmure à mes oreilles : « A quoi bon ? Viens, suis-moi. ». Je la sens qui s’insinue dans mes bottes.


Non je ne me laisserai pas rattraper. Je cours vers l’extérieur sous la lune ronde. En face de moi, le chemin bitumé avance vers l’imposante passerelle métallique qui enjambe les voies. Ecartelée entre deux mondes, une jambe dans le dépôt de la gare l’autre dans une rue crasseuse de la ville. De rares gilets oranges la traversent, pressés de rentrer chez eux. Sous cette passerelle passent les trains qui roulent à un train d’enfer.

Je suis un sentier de terre qui continue sur la gauche de cette araignée de fer. Il rejoint un mur de pierres qui soutient un talus où pousse une anarchie verte de buissons, d’herbes folles, de ronces en tout genre. Les rongeurs ont élu domicile dans cette jungle. Des trous de mulots s’y disputent la vue sur les voies et les hangars. Le soir, en traversant ce désert ferroviaire, comme moi, on peut aussi voir les longues queues des rats d’égout dépasser du ballast des rails.


J’avais peur des rats – avant.


Adossé au mur, un wagon abandonné dort en rouillant. De violentes couleurs ont jailli des bombes de peinture jusque sur ses parois. Lorsque je m’approche, le wagon ouvre un œil bariolé : « Sale temps, ce soir, hein ? L’humidité rentre dans mes essieux ». J’ai tellement peur et froid que seul un son informe sort de ma bouche. Il fait trop humide pour parler. Wagon m’ouvre sa porte, je m’y hisse difficilement.


A l’intérieur je fais brûler un siège, pour la lumière et la chaleur. J’entends grincer mon ami. Il peste contre la fumée qui l’envahit. « C’est nécessaire ? » demande-t-il. Mais sa question est rhétorique, il le sait : oui ça m’est nécessaire pour survivre. Même si l’odeur du skaï marron brûlé qui est insupportable, nous étouffe, nous fait pleurer aussi.


Pendant ce temps l’ombre me retrouve, profitant d’un nuage qui masque la lumière de la lune. Elle lèche la paroi de mon vieil ami Corail qui proteste : « Va-t’en c’est indécent de me tripoter comme ça ».


Je m’aperçois que c’est le dernier siège qui brûle, il n’y a plus rien dans ce wagon. Même les bouts de papiers, les sacs en plastique volant, les déchets en tout genre, tout a disparu dans mes brasiers nocturnes. Le dernier siège.


Quelques heures de répit me donnent le temps d’écrire ma vie sur les parois intérieures à coup de feutre indélébile noir. On ne sait jamais si quelqu’un me cherche, un dernier fol espoir, un dernier rougeoiement du brasier avant que l’ombre m’assaille. Voilà, la dernière braise a rendu l’âme, l’ombre fond sur moi comme un oiseau sur sa proie. Ca ne sert rien de résister. Je suis fatiguée, le matin est loin. Tout va mal. Il n’y a plus rien, rien.


Je sors.


— Reviens, n’abandonne pas, me souffle mon ami Corail.


C’est trop tard, l’ombre se glisse sous mes cheveux, descend le long de mon corps, vers mes bottes. Elle m’envahit, me soumet. Je marche vers la passerelle, monte dessus et m’arrête au milieu de cette monstrueuse enjambée métallique. Dessous, deux rayons lumineux surgissent en trombe sur les rails : comme un lapin sur une route je me fige hypnotisé par le regard de ce train. Tu vas voir salope ! L’ombre frémit. Je plonge vers les phares en souriant.

©Abigail McDowell - Les Mots de Priss







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